Inconnu
Proverbe chinois.
Alexandre DUMAS
J. L. FOURNIER (Mon dernier cheveu noir)
Xavier de Maistre
Laure CONAN
?
Une robe de femme, doit être comme une plaidoirie : assez longue pour couvrir le sujet, assez courte pour être suivie.
(Anonyme)Certains hommes n'ont que ce qu'ils méritent; les autres sont célibataires.
Charles Baudelaire
Pierre DAC
Emily DICKINSON
Albert MEMMI
"Une Question est stupide tant qu'elle n'est pas posée"
Proverbe chinois...EDITORIAL 3
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CARROUSEL SUR LA MER
Précédemment : C'est sur ce feu qu'allait maintenant se diriger Léonard, sur ce feu et aussi sur l'épave du Saint-Gilles. Ce fut à ce moment-là que la Murène se présenta à l'embouchure du fleuve.
LÉONARD était inquiet. Bien qu'il eût fait réduire considérablement la vitesse de la Murène, le moteur ne cessait de vibrer et de cogner. Résultat : il avait pris trois heures de retard sur son horaire normal. La marée s'était renversée et il avait maintenant à lutter contre la masse du flot descendant. Il engagea la Murène le long de la jetée sud. Son regard chercha la première balise verte à droite. Quand il arriverait à sa hauteur il lui faudrait couper à travers le fleuve et se diriger vers celle de la rive gauche. Où était-elle, celle-là ? Ses yeux la trouvaient à son tour. Comme elle lui paraissait faible et ténue ce soir, cette lumière verte ! Il inclina la Murène vers la gauche. Mais elle avançait à peine, bloquée par le courant fou qui fonçait vers la mer. On entendait des masses d'eau chuintantes qui galopaient le long de la coque. Rapides et brutales, elles repoussaient le bateau vers l'embouchure du Sebou. « Pas assez de vitesse », songea-t-il. Il passa la tête à l'extérieur de sa passerelle et aperçut au ras du panneau de la machine, le visage inquiet de Diego. « Force un peu l'allure, veux-tu ? » La tête de Diego disparut et un instant après le rythme heurté du moteur s'accéléra. « Il ne tiendra pas longtemps à cette allure », pensa Léonard. Il voulut donner l'ordre à Brahim de se préparer à jeter l'ancre, mais un coup d'œil sur l'avant lui permit de distinguer le vieux marin. Sans qu'on ait eu besoin de le lui dire il était déjà à son poste, auprès du treuil, prêt à laisser filer l'ancre. C'était là l'ultime sauvegarde, celle qui permettait, en cas d'avarie de la machine ou du gouvernail, d'éviter au bateau d'être entraîné par le courant sur les rochers de la jetée ou sur les hauts-fonds sableux. Une impression bizarre étreignait Léonard. Une impression de malaise. Elle ne provenait pas des bruits suspects de la machine. Non. C'était autre chose. Il avait la sensation de ne pas être à sa place. Ou, plus exactement, c'était son bateau qui n'était pas à sa place habituelle. Bien qu'il ne pût rien voir autour de lui, hormis la tache blanche que le fanal projetait sur l'eau, il lui semblait que jamais auparavant il ne s'était trouvé là cet endroit sur le fleuve, si engagé dans son étendue liquide. Une fois encore, il vérifia qu'il était bien dans son cap. Pas d'erreur : il allait droit sur le feu vert. Et pourtant la Murène ne mordait pas le courant comme à son habitude. Ce n'était plus, cette fois, une impression. Léonard l'aurait juré : l'étrave n'attaquait pas le courant de front, comme elle le faisait d'habitude. Non, c'était le courant qui venait la heurter à tribord. C'était par la droite que le fleuve frappait le vieux bateau, comme si celui-ci eût dévié dans sa course. Léonard jeta un coup d'œil au compas : c'était bien vrai ! Il avait dévié de quatre degrés sur sa gauche. Léonard eut le temps de penser qu'il devait se trouver aux deux tiers de la traversée du fleuve, sur sa gauche, et qu'il fonçait probablement sur l'épave du Saint-Gilles, puis le choc arriva, une détonation énorme qui parut devoir faire éclater la Murène, aussitôt suivie de l'emballement du moteur et d'une insupportable vibration, une secousse terrible sous laquelle le bateau se cabra, puis, dans un mouvement d'accélération continuelle, l'étrave se tourna vers la gauche et le courant prit la Murène en plein travers : l'arbre, enfin, venait de casser. Déjà Brahim avait laissé filer l'ancre. Le treuil se déroulait à folle allure. La chaîne se tendit, infligeant une nouvelle secousse au bateau. On eut l'impression qu'elle allait se rompre. Mais non, elle tenait bien. La Murène se balançait, captive, au milieu du fleuve.
Extrait du livre de Jacques FREZIGNAC "Carrousel sur la mer". et merci à Michèle PONCE pour m'avoir offert ce livre.
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CARROUSEL SUR LA MER
Précédemment : C'est sur ce feu qu'allait maintenant se diriger Léonard, sur ce feu et aussi sur l'épave du Saint-Gilles. Ce fut à ce moment-là que la Murène se présenta à l'embouchure du fleuve.
LÉONARD était inquiet. Bien qu'il eût fait réduire considérablement la vitesse de la Murène, le moteur ne cessait de vibrer et de cogner. Résultat : il avait pris trois heures de retard sur son horaire normal. La marée s'était renversée et il avait maintenant à lutter contre la masse du flot descendant. Il engagea la Murène le long de la jetée sud. Son regard chercha la première balise verte à droite. Quand il arriverait à sa hauteur il lui faudrait couper à travers le fleuve et se diriger vers celle de la rive gauche. Où était-elle, celle-là ? Ses yeux la trouvaient à son tour. Comme elle lui paraissait faible et ténue ce soir, cette lumière verte ! Il inclina la Murène vers la gauche. Mais elle avançait à peine, bloquée par le courant fou qui fonçait vers la mer. On entendait des masses d'eau chuintantes qui galopaient le long de la coque. Rapides et brutales, elles repoussaient le bateau vers l'embouchure du Sebou. « Pas assez de vitesse », songea-t-il. Il passa la tête à l'extérieur de sa passerelle et aperçut au ras du panneau de la machine, le visage inquiet de Diego. « Force un peu l'allure, veux-tu ? » La tête de Diego disparut et un instant après le rythme heurté du moteur s'accéléra. « Il ne tiendra pas longtemps à cette allure », pensa Léonard. Il voulut donner l'ordre à Brahim de se préparer à jeter l'ancre, mais un coup d'œil sur l'avant lui permit de distinguer le vieux marin. Sans qu'on ait eu besoin de le lui dire il était déjà à son poste, auprès du treuil, prêt à laisser filer l'ancre. C'était là l'ultime sauvegarde, celle qui permettait, en cas d'avarie de la machine ou du gouvernail, d'éviter au bateau d'être entraîné par le courant sur les rochers de la jetée ou sur les hauts-fonds sableux. Une impression bizarre étreignait Léonard. Une impression de malaise. Elle ne provenait pas des bruits suspects de la machine. Non. C'était autre chose. Il avait la sensation de ne pas être à sa place. Ou, plus exactement, c'était son bateau qui n'était pas à sa place habituelle. Bien qu'il ne pût rien voir autour de lui, hormis la tache blanche que le fanal projetait sur l'eau, il lui semblait que jamais auparavant il ne s'était trouvé là cet endroit sur le fleuve, si engagé dans son étendue liquide. Une fois encore, il vérifia qu'il était bien dans son cap. Pas d'erreur : il allait droit sur le feu vert. Et pourtant la Murène ne mordait pas le courant comme à son habitude. Ce n'était plus, cette fois, une impression. Léonard l'aurait juré : l'étrave n'attaquait pas le courant de front, comme elle le faisait d'habitude. Non, c'était le courant qui venait la heurter à tribord. C'était par la droite que le fleuve frappait le vieux bateau, comme si celui-ci eût dévié dans sa course. Léonard jeta un coup d'œil au compas : c'était bien vrai ! Il avait dévié de quatre degrés sur sa gauche. Léonard eut le temps de penser qu'il devait se trouver aux deux tiers de la traversée du fleuve, sur sa gauche, et qu'il fonçait probablement sur l'épave du Saint-Gilles, puis le choc arriva, une détonation énorme qui parut devoir faire éclater la Murène, aussitôt suivie de l'emballement du moteur et d'une insupportable vibration, une secousse terrible sous laquelle le bateau se cabra, puis, dans un mouvement d'accélération continuelle, l'étrave se tourna vers la gauche et le courant prit la Murène en plein travers : l'arbre, enfin, venait de casser. Déjà Brahim avait laissé filer l'ancre. Le treuil se déroulait à folle allure. La chaîne se tendit, infligeant une nouvelle secousse au bateau. On eut l'impression qu'elle allait se rompre. Mais non, elle tenait bien. La Murène se balançait, captive, au milieu du fleuve.
Extrait du livre de Jacques FREZIGNAC "Carrousel sur la mer". et merci à Michèle PONCE pour m'avoir offert ce livre.
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